Interview de M. Thierry Chouquet, principal du collège Lucie Aubrac par Béatrice Dacher
Béatrice Dacher - Il y a deux ans vous avez été nommé principal dans un nouveau collège et ce nouveau bâtiment impliquait un programme de 1% artistique. Aviez-vous déjà été confronté au dispositif de 1% ? Aviez-vous déja travaillé avec un artiste ?
M. Thierry Chouquet - Au cours de ma carrière j'avais découvert, souvent par hasard, des œuvres réalisées dans le cadre du 1%. Il s'agissait principalement de fresques, de mosaïques, de sculptures qui manifestement après leur réalisation avaient sombré dans l'oubli. En tant que chef d'établissement je n'avais jamais travaillé dans ce cadre et donc jamais vécu une collaboration avec un artiste.
BD - Comment avez-vous pressenti ce programme artistique de 1% ? Quel intérêt représente le 1% artistique pour un collège ?
TC - Je l'ai vécu comme une opportunité. Un établissement nouveau est en recherche de thèmes fédérateurs pour des projets. Par ailleurs, le collège Lucie Aubrac est déjà en soi une œuvre architecturale. Le 1% artistique permet d'entretenir la flamme de la créativité initiale.
BD - Comment s'est fait le choix de l'artiste ? Avez-vous été impliqué dans cette sélection ?
TC - Le nombre d'artistes candidats à la réalisation et la rigueur de la procédure de choix m'ont impressionné. Mais aussi les contraintes techniques à travers diverses normes plus ou moins obscures pour le profane que j'étais.
J'ai été impliqué en tant que membre de la commission parmi une trentaine de personnes ; une implication modeste donc.
BD - Comment avez-vous perçu le projet de Laurent Moriceau ? Comment s'est passé le travail avec lui ?
TC - Le travail qu'il réalisait à Chemillé m'a plu d'emblée ; une œuvre originale, des habitants associés au projet. Pour Lucie Aubrac ses idées initiales tranchaient avec un certain conformisme dans les autres projets qui n'aurait pas eu sa place ici. Le contact avec Laurent Moriceau a été tout de suite amical. Il avait la capacité à « ressentir » notre univers quotidien et les attentes des élèves, du personnel.
BD - Comment ce projet a t-il été perçu par les élèves et le personnel du collège ?
TC - La perception est forcément un peu floue au départ. L'idée d'associer les élèves au travail plaisait beaucoup. Il y avait des interrogations quant au résultat final.
BD - Une œuvre de 1% est destinée à être pérenne cependant le projet de l'artiste prévoit que l'œuvre soit en perpétuelle évolution. Comment avez-vous perçu cette dimension vivante et donc imprévisible du projet, pensez-vous qu'elle soit viable, durable ?
TC - C'est une dimension essentielle du projet. L'œuvre sera témoin et trace du passage des générations d'élèves. La durabilité du projet est liée à un engagement fort de la communauté éducative sur sa pérennité. Cet aspect des choses sera expliqué lors du prochain conseil d'administration.
BD - Quel engagement peut avoir le collège dans la dimension vivante de ce projet ?
TC - Au niveau de la Direction par exemple cela peut être un engagement solennel de respecter l'esprit du projet et de veiller à mettre en œuvre les moyens de son renouvellement. Jamais un gouvernement n'a osé dire la Tour Eiffel ce n'est pas de notre goût ; nous allons la fermer au public et cesser de l'entretenir. Pour cette œuvre c'est la même chose.
Béatrice Dacher est artiste et membre du collectif R_. Elle a déjà réalisé plusieurs projets de 1% ainsi que plusieurs travaux liés à l'espace public en France et à l'étranger (en savoir plus : http://www.collectifr.fr/reseaux/beatrice-dacher)

